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août-sept-octobre 2009

Actualités - Activités > chronique maritime

CHRONIQUE MARITIME AOUT-SEPTEMBRE-OCTOBRE 2009


LA PAUSE

La trêve des confiseurs est une courte pause dans les affaires. Les «vacances» en sont une plus longue. Le mois d’Août a été particulièrement calme. Beaucoup d’informateurs ont alors posé la plume et fermé l’ordinateur. Ils étaient en état d’estivation. P.A.S. pourrait résumer l’activité de ce mois d’Août. Peu à signaler. Sans doute des navires naviguaient, ou ne naviguaient pas… mais la crise semblait entre parenthèses. Avec Septembre les fenêtres électroniques s’ouvrent à nouveau. Les sujets et dossiers importants refont surface après cette pause reposante en apparence, sauf pour les professionnels du transport maritime.
Les sujets du début de l’été concernaient la crise, évidemment, la réforme des ports et le problème complexe de la restructuration de la pêche. Mais le grand dossier qui a mobilisé une foule de «écialistes» et fait la Une des médias fut, incontestablement le «de la mer», et une chronique maritime ne peut passer sous silence ce colloque imposant.

LE GRENELLE DE LA MER.

Comment les étrangers, voire des français, appréhendent-ils ce terme de «», Comment le traduisent-ilsColloque, symposium, Etats-générauxEt un «de la mer»Vaste sujet, aussi vaste que son objet. Aussi, il n’est pas question d’analyser, ni même de rendre compte de la somme des réflexions des groupes constitués pour cette méga-rencontre. Un bulletin entier serait insuffisant et je doute qu’il puisse retenir l’attention soutenue de la majorité de nos lecteurs. Les comptes rendus et commentaires ont circulé sur Internet et ceux qui le souhaitent peuvent en prendre connaissance grâce aux sites adéquats, signalés dans le site de notre association, site conçu et tenu à jour par notre dévoué et compétent secrétaire général Pierre Cole. Quelques chiffres et éléments de base suffiront à montrer la dimension de l’évènement. Et d’abord, pourquoi un Grenelle de la mer après un Grenelle de l’environnementC’est en raison de remarques selon lesquelles ce dernier avait quelque peu négligé les questions maritimes.
Des chiffres… parlants donc.
250 participants répartis en 6 collèges constitués de représentants de l’Etat, d’élus, de représentants d’organisations non gouvernementale (très actifsde représentants des employeurs, des salariés et de personnalités qualifiées. Ces participants ont été répartis en 4 groupes de 50 à 60 membres qui se sont réunis 5 à 7 fois d’avril à juin, en un temps très court donc pour un sujet d’une telle ampleur, d’autant que 70 personnes ont été auditionnées également et que des avis écrits ont été intégrés aux réflexions.

Des chiffres encore: 158 propositions ont été rédigées par le groupe 1, 60 par le groupe 3, par exemple. Et les conclusions retenues par la Table Ronde de fin juin font l’objet d’un document de 68 pages. Ces conclusions ont été la source du discours du Président de la République au Havre le 16 juillet, discours que nous évoquerons plus loin. La suite, car il faut «fin», sera un livre bleu pour définir la stratégie maritime française, puis un Comité interministériel de la mer pour l’entériner.

TRAVAUX DES 4 GROUPES.

Les titres des sujets de réflexions des groupes donnent, à eux seuls, une idée de l’étendue des thèmes abordés.

Le groupe 1, présidé par M. Bignon, Président du conservatoire du littoral, devait réfléchir sur «la délicate rencontre de la terre et la mer», sous les aspects de la gouvernance (voir la Note (1) en fin de chapitre sur le Grenelle de la mer), de la connaissance, de la protection, de l’aménagement et du développement durable.

Le groupe 2, présidé par M. Eric Giuily, ancien Président de la CGM comme chacun sait, devait aborder le thème «Entre menaces et potentiels, une mer fragile et promesse d’avenir» (Ce thème ouvrait un large éventail de domaines touchant à la connaissance, la recherche, la planification, le développement de l’écosystème, les ports et navires du futur, la pollution, les énergies nouvelles, la pêche, enfin touchant à tout ou presque.

Le groupe 3, sous la présidence de M. Christian Buchet, membre de l’académie de marine, professeur d’Université, et commentateur de radio bien connu, s’est employé à traiter des moyens pour «Faire partager la passion de la mer» - un titre plus précis et plus simple que les précédents, encore que… - avec pour notion principale le décloisonnement, l’ouverture à tous pour attirer l’attention des français sur la mer.

Le groupe 4 enfin, présidé par M. André Lucchini, Président du conseil scientifique de l’Institut de droit économique de la mer, s’est efforcé de traiter de la «Planète mer, inventer de nouvelles régulations.», c'est-à-dire de «gouvernance (toujours elle) de la politique maritime intégrée.»
Ce Grenelle de la mer a abordé, on le voit, des sujets soulevés et débattus depuis fort longtemps. Le large éventail des thèmes abordés, le fourmillement d’idées et de suggestions expliquent des chevauchements. Le développement durable et la gouvernance, par exemple, font l’objet de propositions de la part de plusieurs groupes, ce qui peut donner une impression de confusion. M. d’Aboville, qui présentait les rapporteurs de différents groupes lors d’une séance de l’académie de marine, parle de «é» plutôt que de chevauchement… Je n’entrerai pas dans le développement, par les rapporteurs, des thèmes abordés lors de ce Grenelle de la mer, car je risquerais alors vraiment de suspendre votre attention, comme ce fut le cas pour certains auditeurs qui se sont éclipsés
Cette séance s’est conclue sur une observation du Vice-président de l’académie de marine, le Professeur J.P. Queneudec, observation fort bien relatée par M. Michel Roussel, bien connu de beaucoup d’entre nous, Secrétaire perpétuel adjoint de l’académie de marine. Je cite«un humour certain nourri de références historiques familières à chacun, il (le Professeur Queneudec) s’est interrogé sur le fait de savoir si nous étions à la veille de 1789. Toutes les idées exprimées par les rapporteurs ont été agitées durant le demi-siècle écoulé un peu comme les encyclopédistes avaient préparé les esprits. La nouveauté est que ces idées éparses sont maintenant rassemblées et même liées entre elles comme ce fut le cas avec les cahiers de doléances qui débouchaient sur le concret après les constructions intellectuelles. Il reste à attendre la suite et voir ce qu’elle sera.»
Ce qu’il sera dépend aussi, et surtout, du coût des mesures décidées qui entraîneront – ou entraîneraient – de nouveaux budgets pour de nouvelles études. Or, actuellement, le coût d’un chercheur est évalué à 150.000 € par an.
Les milieux maritimes sont d’accord, et satisfaits, sur un pointon a parlé longuement de la mer

Note (1) «on» parle de plus en plus de «gouvernance» dans le sens, apparemment, de manière de diriger, d’administrer. Le Robert de 2002 donne deux sens à ce mot. Un ancien : Baillages de l’Artois et de la Flandre; l’autre «moderne»au Sénégal, Ensemble des services administratifs d’une région (La gouvernance de Casamance) Il semble que «notre» gouvernance s’inspire davantage d’une de nos ex colonies que de l’Administration royale du Moyen Âge…
Le Président de la République lui-même a conclu, en quelque sorte, ce Grenelle de la mer le 16 juillet en choisissant le port du Havre. Il a dressé le cadre de la stratégie maritime qui sera définie par la rédaction d’un livre…bleu, comme il se doit, définition qui sera validée par un comité interministériel de la mer.

STRATEGIE ET AMBITION MARITIME POUR LA FRANCE

L’ambition volontariste ne manque pas dans ce discours. Dès la première phrase le ton est donné. "Je suis venu réparer un oubli historique. L’oubli trop long qu’a fait la France de sa vocation maritime». fait, je crois me souvenir que l’ambition maritime a été affichée par plusieurs Présidents de la République. C’est une intention fort louable, surtout si elle est accompagnée d’un programme, et plus encore si elle est suivie de résultats concrets. Souhaitons qu’il en soit ainsi. Et quel marin pourrait être insensible à des phrases comme «suis venu vous dire que la France devait cesser d’ignorer le formidable destin maritime qui peut être le sien».
Une première marque d’intérêt de la France pour le maritime est l’annonce de l’installation d’un ambassadeur de France à l’Organisation maritime internationale.
Sans s’étendre sur ce discours, citons les secteurs qui font l’objet des priorités du Président (Ref.compte rendu de Mer et marine du 29.07)

Développer les ports
L’objectif est de doubler la part de marché des ports français dans les conteneurs pour la porter à 12% du marché européen. Ce genre de chiffrage précis me semble procéder davantage du souhait que d’un réalisme raisonnable. Sans doute faut-il se fixer une base pour l’étude d’un problème, mais cette volonté affichée d’avoir X morts sur les routes, ou Y sans papiers reconduits à la frontière a quelque chose d’incantatoire. L’amélioration constante d’une situation n’est-elle pas, en soi, satisfaisanteAujourd’hui, objectif 12% du marché européen. Mais avec quelles liaisons vers l’arrière pays, vers l’intérieur de l’EuropeCe besoin de liaisons n’échappe pas à la France qui prévoit des «massifs dans le fluvial et le ferroviaire.»; Faisons remarquer qu’il y a beaucoup à faire dans ces secteurs. Le «éveloppement durable» -expression aussi prisée aujourd’hui que «» - fait partie des préoccupations de la France de même que «pêche responsable», «les aires maritimes protégées» (20% du territoire maritime d’ici 2020, un autre objectif précis«Renforcer la connaissance scientifique des océans» est une priorité et le Président croit «énormément au potentiel prodigieux des énergies marines». On voit que l’écologie est un sujet sensible pour le Président.
«chercheurs, des bateaux, des ports, des chantiers…mais aussi des hommes» La France «besoin de l’engagement et des compétences des gens de mer». Et, sujet sensible pour les navigants d’aujourd’hui, le Président est partisan d’une Ecole Nationale Supérieure Maritime pour un accès à un diplôme de haut niveau. Ce dernier souhait a été suivi d’effet puisque les députés ont voté la création d’une telle Ecole le 22 Septembre. Une Ecole qui serait répartie sur 4 sites, comme prévu, et non pas une seule grande Ecole comme l’ENAC par exemple.

Pour l’action de l’Etat en mer,
on reparle de «ôte», mais d’une fonction garde-côte, et non pas d’un corps de Coast Guards sous forme de fusion des différentes administrations.
Enfin, l’ambition maritime c’est aussi le développement de l’Union pour la Méditerranée.

Si l’Institut français de la mer et le Cluster maritime français ont apprécié le discours du Président dans son ensemble, en espérant que les annonces ne resteront pas des déclarations de principe, ces organismes s’étonnent cependant de «grandes absences.» ils déplorent «’incompréhensible silence sur la flotte de commerce et les armateurs français…qui sont au top mondial de la qualité et de la sécurité maritime…et sont ceux dont le développement devrait assurer la puissance maritime française.» Nous parlerons des réactions des pêcheurs dans le chapitre consacré à ce secteur d’activité.

RETOUR SUR LES SUJETS PRINCIPAUX DU DEBUT DE L’ETE.

LA CRISE.

L’actualité maritime a été relativement discrète cet été sur l’évolution du transport, comme si une sorte de stabilisation au creux de la vague s’était établie. On peut cependant évaluer les tendances.
Dans le secteur du transport conteneurisé,
une «ève» du journal «’Antenne» résume l’évolution des 5 premiers mois de l’année. Durant cette période, les volumes conteneurisés dans les ports européens ont diminué de 20,6% par rapport à la même période de 2008. Après la croissance «énée» de ces dernières années les armateurs subissent des pertes depuis le dernier trimestre de 2008.
Au premier semestre 2009, Maersk a enregistré des pertes de 540 M€, Cosco (Chine) de 441,7 M€Hapag-Lloyd de 443 M€China shipping de 333 M€. Le chiffre d’affaires de cette dernière Cie, comme celui de Cosco est en baisse de 52%. Zim est en très mauvaise situation. La CMA-CGM n’a pas donné le montant de ses pertes. Elle n’y est pas obligée, de même que la MSC, car ces Cies ne sont pas cotées en Bourse. Cependant, le Président J.Saadé a annoncé une vente d’actifs afin de retrouver de la trésorerie.

Ces déclarations du président de la CMA-CGM ont eu pour cadre l’Université d’été du MEDEF et se sont accompagnées d’une vigoureuse attaque contre la politique maritime de l’U.E., visant en particulier l’abolition, l’an dernier, du système des conférences (discussion entre les armements sur les conditions du marché, les frets et les surcharges). Une décision qui «augmenté l’impact de la crise…, a pénalisé les armateurs.., une règle irrationnelle car les asiatiques ne sont pas touchés par ce règlement purement européen.» Les critiques de J.Saadé visaient également le plan de Bruxelles concernant un amendement des règles des consortiums qui ont pour but de rationaliser les trafics par le partage des espaces sur les navires. A ce sujet, il se dit que Bruxelles aurait l’intention de renouveler l’actuel «» d’exemptions pour 5 ans. Les critiques de J.Saadé ont été désapprouvées par l’European Shipper’s Council qui a estimé que «retour à une vieille politique de cartel n’était pas la solution.» Pour conclure, le Président Saadé a souhaité que l’Europe préserve les 3 grandes Cies européennes que sont Maersk, MSC et la CMA-CGM.
Chez ces «Grands», des augmentations de fret sont appliquées depuis le 1 Septembre ou prévues, et ces Cies procèdent à une nouvelle restructuration de leurs services dans le trafic Transpacific;
En ce qui concerne la CMA-CGM, il est intéressant de noter que cette Cie française a 3 agences en Irak, une concession dans le port d’Umm-Qasr depuis 2006, et qu’elle représente 1/3 du trafic mondial de conteneurs vers l’Irak
.
Dans le secteur du vrac,
Lloyd’s List, au début juillet, citait un courtier londonien qui comparait la situation à ce moment, «sursis inattendu d’un condamné à mort se trouvant dans l’antichambre de la mort»! Il faut dire que les taux de fret avaient subi un «» de 90% au fort de la crise.
Les voituriers,
ont continué à souffrir. Quant aux propriétaires des gros transporteurs de gaz, ils ont prévenu les chargeurs en juillet qu’ils ne frèteraient plus longtemps leurs navires à d’aussi pauvres taux sur le «market». BW Gas et Maersk tanker ont déjà mis au mouillage quelques uns de leurs VLGG, considérant que cette situation est moins pénalisante que de les faire naviguer au taux de 3.200 $ par jour.$.
Dans l’Off-shore,
la situation est toujours satisfaisante dans l’ensemble. Les résultats du groupe Bourbon pour 2008 indiquent un accroissement des dividendes de 28% par rapport à 2007.
Dans
la croisière,
Royal Caribbean (N°2 mondial) a annoncé une perte de 35 M$ pour le second trimestre 2009. Dans ce secteur, notons que l’European Cruise Council, dans son rapport sur l’impact économique de l’industrie de la croisière en Europe (activité des Cies, mouvements des passagers dans les ports et production des chantiers navals) indique pour 2008 des «ées» en augmentation de 10% par rapport à 2007. La destination préférée des croisiéristes est l’Italie (23%), suivie par la Grèce (20%), l’Espagne (17%). La France est au 4 rang avec un modeste 8%.
Terminons ce balayage de la situation dans les transports, par l’avis de Philippe Louis-Dreyfus qui, à l’occasion de la fin de son mandat de Président de l’European Shipping Association, a plaidé pour un émantèlement d’un nombre accru de navires (on parle de 20%). Son argumentation repose sur la mise sur le marché en 2010 et 2011 d’un nombre de navires sans précédent. Selon des études, y compris certaines relativement optimistes, les capacités offertes excéderont de 50 à 70% les besoins des marchés durant cette période, d’où l’avis de M. Philippe Louis-Dreyfus que la crise réelle est encore à venir.
Avec cette surcapacité prévue, on comprend la grande inquiétude qui est celle des chantiers européens, dont St Nazaire. Depuis le début de Septembre les commandes se sont effondrées, les licenciements se multiplient et certains chantiers sont menacés de fermeture.

Autres nouvelles concernant le transport maritime.

Importante étape dans la ratification totale des controversées «règles de Rotterdam»
Après 15 ans de négociations sur la modification de la «des Nations Unies sur les contrats internationaux de transport de marchandises effectué totalement ou partiellement par mer» dite communément «ègles de Rotterdam», le nouveau texte a été signé le 23 Septembre, lors d’une cérémonie officielle, par 16 pays. Il manque encore 4 signatures pour que le traité entre en vigueur.

Taxe au tonnage
La commission européenne a décidé, le 10 Juin, d’étendre le système de taxation au tonnage à «les gestionnaires de navires», c'est-à-dire à la gestion technique des navires.

Sea France
Après plusieurs mois de conflit, les négociations ont repris avec les syndicats au début Septembre. La SNCF pourrait recapitaliser la Société dont la situation se dégrade sans cesse et est de plus en plus inquiétante. La dernière proposition avançait 543 suppressions d’emploi sur 1500, dont 1300 navigants, sans licenciement sec. Dans le même temps, la CFDT déclenchait un retard à l’appareillage pour protester «les pressions et le chantage au dépôt de bilan.» Notre Président, dans son éditorial, donne son avis sur ce conflit qui caractérise (de «ère») bien la France.

PORTS

Réforme portuaire
On a suivi les longues et difficiles négociations, y compris d’âpres conflits, pour mettre en place la réforme – nécessaire – des ports français. En Février 2009, les nouveaux organes de direction avaient réussià se mettre en place. Ils avaient jusqu’au 9 Avril pour adopter leur projet stratégique. Un délai de 3 mois leur a été accordé pour négocier, de gré à gré, la cession des outillages aux opérateurs de manutention. Globalement, les négociations ont abouti à des accords, à l’exception de Nantes-St Nazaire et…Marseille où l’on connait la farouche opposition du syndicat des Ports et Docks (particulièrement des portiqueurs) à la privatisation.

Le Havre – Remorquage(SNRH)
Un homme, un personnage singulier, intéressant – Alain Bourgain, C1NM, 51 ans, Chef mécanicien, délégué CFDT, au C.V très diversifié -, a remis la SNRH (Société nationale du remorquage havrais) au premier plan de l’actualité en déclenchant une grève de la faim le 13 Août pour des questions d’organisation du travail, en particulier pour obtenir la prise de 12 jours consécutifs de congé. Alain Bourgain, paladin moderne, à interrompu sa grève de la faim le 9 Septembre, la CGT lui apportant son soutien et relayant en quelque sorte son combat. En fait, le syndicat CGT a vu dans ce geste spectaculaire d’Alain Bourgain l’occasion de relancer le combat contre la libéralisation des services portuaires, le débat fondamental pour la CGT: public/privé.
L’histoire de la SNRH pourrait faire l’objet d’un livre. J’ai tenté de résumer ce long fleuve agité… Trop long. Tous les ingrédients sont réunis dans ce conflit symptomatique du climat social portuaire qui a vu le jour en 1998. Alain Bourgain lui a apporté une image symbolique.

PÊCHE

Dans le secteur de la pêche - domaine très complexe, vaste comme son élément principal – on peut distinguer une question de fond – la restructuration -, un problème crucial – la mortalité des jeunes huîtres -, enfin, des sujets d’ordre politique.

Restructuration
Une réforme de la pêche est de plus en plus nécessaire. Tous les secteurs de la pêche, et ils sont nombreux, sont concernés, et les acteurs en sont de plus en plus conscients. Les criées sont trop nombreuses et elles connaissent de grandes difficultés. «maillage ne correspond plus vraiment à la réalité économique» déclare une représentante du mareyage, secteur touché également. «choix difficiles mais inéluctables sont inévitables»
Henri Jeantet, PDG de l’armement Delhemmes, pousse un nouveau cri d’alarme«larmes citoyens»(Le Marin du 19.06). Il critique vigoureusement l’organisation actuelle et les comportements de nombreux responsables qui entretiennent un climat de revendications radicales et corporatistes. Et Henri Jeantet n’est pas tendre non plus avec «politiques», trop démagogues, appliquant une gouvernance (très complaisante («automatique de subventions»…). S’appuyant sur les exemples de pays maritimes européens qui on su «concentrer sur les moyens de gérer la ressource», H.Jeantet prône la création d’une véritable interprofession. «fonctionnement de filière - du producteur au consommateur – fondé sur le dialogue interprofessionnel». Une adaptation à la loi du marché, en somme, qui serait plus qu’une réforme.

Ostréiculture
«Marin» du 26.06 titre «ostréiculteurs français au bord du gouffre». La forte mortalité des juvéniles creuses «gigas» se reproduit comme en 2008. Tous les bassins sont touchés avec des taux variant de 50 à 80%. L’Ifremer analyse, étudie, mais n’a pas encore prononcé son verdict, d’où le mécontentement, ou au moins la méfiance des professionnels. Ces mortalités seraient dues, d’après l’ancien scientifique d’Ifremer J.Fr. Samain, à une combinaison de facteurs dont la température de l’eau (19° environ) et la pollution, à une trop forte densité dans les élevages aussi. Cependant, cette année, des mortalités dans des eaux à 16,5° posent question. Ces fortes mortalités de juvéniles ne sont pas propres à la France. J.Fr. Samain considère que des solutions techniques existent. Il déplore, par ailleurs, le manque de coopération entre la profession et les scientifiques. Affirmation consolante des scientifiquesil ne s’agit pas cette fois d’une épizootie, contrairement à plusieurs cas survenus depuis 1920.

Politique de la pêche
A la suite du discours du Président de la République tenu au Havre le 16 Juillet, les représentants de la pêche ont réagi vigoureusement. Le président du Comité national des pêches, P.G. Dachicourt, a adressé un courrier au Chef de l’Etat. Il lui demande une audience et apporte des précisions sur la position des pêcheurs. Contrairement à ce qui est sous-entendu dans ce discours, le CNPM n’a jamais donné son accord pour l’inscription du thon rouge et du requin-taupe à l’annexe d’un texte qui interdit le commerce de ces espèces. Même désaccord concernant le classement en réserves de pêche de la moitié des aires marines protégées, et sur la prise de toutes les décisions de gestion sur la base des seuls avis scientifiques. Les pêcheurs ont-ils été entendusEn tout cas, à l’ONU les 22 et 23 Septembre, le Président Sarkozy n’a pas fait d’allusion à la pêche, contrairement à ce qu’espéraient les environnementalistes.
Dans ce même chapitre, il faut signaler la polémique sur l’avenir de la pêche par grands fonds. On sait que le Louis Le Pensec a démissionné de la présidence de la mission sur ce sujet, dénonçant un double jeu de la part du gouvernement qui aurait déjà pris la décision d’appuyer à l’ONU l’interdiction de ce mode de pêche, présentée par Monaco. «malentendu» a affirmé le ministère de J.L. Borloo qui a d’ailleurs indiqué qu’il n’y avait pas d’enjeu à ce niveau à l’ONU. Le silence du Président de la République les 22 et 23 septembre à New York a confirmé cette affirmation. Les pêcheurs, et les membres de la mission semblent avoir été rassurés.. Signalons que la 21.09, les Etats membres de l’U.E. avaient décidés de ne pas suivre le souhait de la commission européenne de soutenir, à titre provisoire, la démarche de Monaco.
Pierre Estur



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